une coalition droite-extrême droite serait “un séisme politique en Europe”, selon le politologue Patrick Martin-Genier

La victoire d’une coalition d’extrême droite aux élections législatives italiennes qui se déroulent dimanche 25 septembre serait “un tremblement de terre politique non seulement en Italie, mais aussi en Europe”, a déclaré Patrick Martin-Genier vendredi 23 septembre sur franceinfo, enseignante à Science Po et à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Selon lui, cette victoire “conduirait à un affaiblissement global de l’Europe”. Mais pour le politologue, avec un nouveau système électoral valable en Italie, “tout n’est pas fini”. >> Législatives en Italie : une victoire de l’extrême droite peut-elle déstabiliser l’Europe ? franceinfo : Quelles seraient les conséquences si la coalition entre la droite et l’extrême droite gagnait dimanche ? Patrick Martin-Genier : Ce serait un séisme politique non seulement en Italie, mais aussi en Europe. Ce serait le premier gouvernement dirigé par quelqu’un d’un parti post-fasciste dans un pays fondateur de la Communauté européenne. Cela conduirait à une crise politique avec l’Europe car, si Fratelli d’Italia ne veut pas sortir de l’Union européenne, elle veut remettre en cause ses fondements. La première chose que souhaite faire Giorgia Meloni est de renégocier le plan de relance et le pacte migratoire. Pour un pays qui est endetté à 150% de son PIB, il veut renégocier la dette et son déficit. Tous les critères sont réunis pour une crise majeure au niveau politique, notamment avec la France. Il est clair que cela va déboucher sur une crise majeure… même si Fratelli d’Italia, Mme Meloni, a tenté de rassurer les dirigeants européens, notamment sur le soutien à l’Ukraine. Peut-on former toutes sortes de coalitions après l’élection ? Fratelli d’Italia est à 25%. Avec Forza Italia, le parti de Berlusconi et la Ligue de Matteo Salvini, ils totalisent entre 40 et 45 % des voix. Mais il y a entre 25 et 30% d’indécis. Le leader du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, a déclaré : « Si les électeurs indécis viennent voter, il est possible que la droite et l’extrême droite ne gagnent pas ». En Italie, il y a un nouveau système électoral : le référendum sur la réforme électorale est entré en vigueur, avec une réduction des députés de 945 à 600 et un scrutin qui sera mixte, majoritaire et proportionnel assez compliqué, ce qui pourrait compliquer les choses. Si nécessaire, cela pourrait empêcher la victoire de la droite et de l’extrême droite. Mario Draghi n’exclut pas de pouvoir bénéficier du soutien d’une coalition de toute une série de partis qui dépasserait la gauche et la droite modérée et pourrait empêcher la droite et l’extrême droite de former un gouvernement. Tout n’est pas joué. Après la Suède, si l’Italie vire à droite et à droite, quelles seraient les conséquences concrètes pour l’Union européenne ? On sait très bien que l’extrême droite en Europe est hostile, par exemple, aux sanctions de Vladimir Poutine contre la Russie. Cela pourrait donc considérablement affaiblir la solidarité européenne sur les sanctions. Nous savons que Viktor Orban, par exemple, le Premier ministre hongrois, ne veut pas de nouvelles sanctions contre la Russie. On pourrait imaginer une sorte de coalition de la droite et de l’extrême droite au niveau européen, qui empêcherait l’Europe de s’unir encore plus dans la lutte pour l’Ukraine. Cela pourrait nous affaiblir considérablement pour toute une série de décisions, notamment en matière de protection de l’environnement… Il pourrait y avoir des conséquences sur les décisions européennes. La victoire de l’extrême droite conduirait à un affaiblissement global de l’Europe.

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