Anthony Passeron, un premier roman fulgurant qui embrase la rentrée littéraire

Cette année l’heureux gagnant s’appelle Anthony Passero. Nice, trente-neuf ans, professeur de lettres et de géographie historique dans un lycée professionnel, inconnu du bataillon des grands littéraires, publie son premier roman avec “Les Enfants endormis”. Et c’est une précision admirable, une émotion contenue, une maîtrise.

A l’abri du drame

Dans les années 1970 et 1980, dans la vallée de la Roya, au cœur de la pègre niçoise, un village dans une famille de bourreaux… Par l’auteur. Les petites personnes se sont élevées à cause du travail. Cher, respecté. Des gens qui se croyaient aussi à l’abri de l’aile de la tragédie, ou du moins avaient peu de temps pour y penser.

Un jardin de torture où toute une génération de vingtenaires dans les années 1980 a appris qu’ils mourraient dans la trentaine

Ces personnes sont grand-père, grand-mère, commerçants, et donc un peu célèbres, enfants, dont deux garçons. L’un, le père d’Anthony Passeron, industrieux, tranquille, compte bien un jour succéder à son père ; l’autre est Oncle Désir, destiné au plus grand succès, en commençant par un travail chez le notaire local. Le désir veut être libre, elle veut s’évader de l’horizon borné par les montagnes de sa vallée. Ils disent que c’est fantastique. Quoi qu’il en soit, l’avenir promet d’être long.

Grande précision

Un jour, il se rend à Amsterdam pour passer de belles vacances. Il ne reviendra pas seul, d’abord avec sa femme, et aussi avec le goût des paradis artificiels. Bientôt, avec une terrible maladie qui le dévorera, sa famille, le village, les gens, tout. Une maladie qu’on ne sait plus comment appeler, à laquelle on ne comprend rien au début, quelque chose dans le sang, privilège, pensent-ils, d’abord chez les homosexuels, “cancer gay”, devenu un syndrome d’immunodéficience acquise ; . Abréviation : SIDA. Un jardin de torture où toute une génération de vingtenaires dans les années 1980 a appris qu’ils mourraient dans la trentaine.

Ça y est, les enfants endormis ! Pas vraiment un roman, à l’exception de Days of Our Dying, mais un gros livre à coup sûr. Anthony Passeron documente cet énorme deuil familial, mêlé de honte sociale, avec l’histoire de la découverte et de la lutte contre la maladie dans les laboratoires de recherche américains et surtout français. Le « parallèle » qui s’établit alors est infiniment troublant et d’une grande précision morale et littéraire. Après tout, l’écriture est toujours un témoignage, toujours souvenir, toujours ressuscitant les pauvres fantômes perdus au fond des jardins de la mémoire. Ils ne nous quitteront jamais.

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