Entretien avec Nicole Garnier : trente ans au château de Chantilly

Vous commencez au Musée des Arts et Traditions Populaires, un monde loin de celui de Chantilly. Pouvez-vous nous parler du début de votre carrière ?

En plus du diplôme de muséologue à l’Ecole du Louvre, j’ai obtenu mon diplôme d’archiviste paléographe à l’Ecole des Chartes en 1979. Et dans le cadre de l’Ecole des Chartes j’ai fait une thèse sur Antoine Coypel et effectué un stage à l’Ecole des Chartes. Département des peintures du Louvre. Alors je ne suis pas friand des Arts et Traditions populaires ! Mais Hubert Landais, alors directeur du Musée français, a voulu « mettre un peu de chartiste » dans l’ethnographie française, selon ses propres mots. Apparemment, il était lui-même chartiste. A cette époque, l’Institut national du patrimoine n’existait pas ; ceux qui réussissent le concours de conservateur – je l’ai réussi en novembre 1979 – effectuent trois stages de six mois dans des établissements nationaux de spécialités différentes. J’ai commencé un stage dans un musée qui n’existait pas encore, le musée d’Orsay. Plus précisément, j’ai participé à sa filature. C’est là que j’ai appris le métier, avec Michel Laclotte – décédé l’an dernier [1] – qui a dirigé le département des peintures du Louvre tout en supervisant la création de l’Orsay. Nous étions douze jeunes conservateurs, dont Henri Loyrette et Marc Bascou, devenus directeur du département des Œuvres d’art au musée du Louvre. Mon second stage s’est déroulé au département sculpture du Louvre auprès de Jean-René Gaborit, le troisième au Musée des Arts et Traditions Populaires, d’abord au département costume, puis dans les portraits populaires. Nous avons créé, avec ceux qui gèrent la base de données Joconde, un système descriptif des empreintes, simplifié depuis par Plate-forme pop et le nouveau socle. J’ai aussi introduit le vidéodisque pour la consultation des images alors que le DVD n’était pas encore disponible. Enfin, je suis resté dix ans à l’ATP, avec une pause à la Villa Médicis pour terminer ma thèse, qui a été publiée par Arthena. Lors du déménagement du musée à Marseille, Erlande-Brandebourg, également chartiste, récemment décédé [2], m’a conseillé d’aller au Château de Chantilly où il y a beaucoup à faire. Je pense que c’est le meilleur conseil qu’on m’ait jamais donné, et je l’en remercie.




1. Le Château de Chantilly

Situé au Musée Condé

Photo : Institut de France

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Je suis arrivé le 2 janvier 1992 à Chantilly (elle. 1), et j’y suis resté trente ans… Je connais à peine ce musée. D’un nouveau musée, aux principes muséographiques modernes, j’ai ressenti un retour dans le passé, au milieu du XIXe siècle. Mais j’ai aussi découvert l’art ancien, qui correspond davantage à ma spécialité. A mon arrivée, il n’y avait pas beaucoup d’expositions, pas beaucoup de publications, il faut dire qu’il n’y avait pas…

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