Paris attaque Total en justice

Alors que l’État français est interpellé de plusieurs côtés pour son inaction en matière d’environnement, de plus en plus de villes se prémunissent contre de telles poursuites, tout en augmentant la pression sur le principal responsable du réchauffement climatique. Ainsi, la Ville de Paris a décidé de poursuivre en justice l’un des plus grands pollueurs français, la société TotalEnergies, pour “violation de son devoir de vigilance en matière climatique”, comme le permet une loi de 2017. Total est l’un des meilleurs 20 entreprises d’énergies fossiles qui émettent directement et indirectement le plus de gaz à effet de serre depuis 1965. Aujourd’hui, l’entreprise reste à l’origine de près de 1% des émissions mondiales de GES, soit l’équivalent des émissions annuelles de la France. Et surtout, contrairement à la communication souriante de la multinationale, qui affiche un objectif de neutralité carbone en 2050, Total consacre encore près de 80 % de ses investissements au développement des énergies fossiles, qui représentent encore 90 % de son activité. “Total doit respecter l’accord de Paris” Les activités de Total ont un impact direct sur les Parisiens, car les grandes villes sont particulièrement vulnérables au réchauffement climatique, avec la présence de nombreux îlots de chaleur. A Paris, “l’été 2003 [marquée par une canicule meurtrière] deviendra bientôt la norme. On ne peut plus exclure un pic de chaleur à 50 degrés”, explique Dan Lert, l’adjoint à la transition écologique de la Ville de Paris, joint par 20 Minutes. « Les effets du changement climatique ont un coût excessif pour la ville et pour les Parisiens, ajoute Dan Lert. Nous avons investi 10 milliards d’euros depuis 2014 dans la transition écologique et 1 milliard dans la transition énergétique. Le coût d’une crue décennale est estimé entre 3 et 30 milliards d’euros. Or, le risque d’une crue décennale a augmenté de 20 %, sous l’effet du réchauffement climatique. Tous nos efforts seront vains si les vrais dirigeants ne changent pas. Il faut nommer les responsables de danger climatique. Total doit respecter l’Accord de Paris. Le GIEC dit qu’il faut arrêter l’exploitation pétrolière, mais Total continue d’investir dans des bombes climatiques. Cet appel a pour objectif de confronter TotalEnergies à ses contradictions et d’obliger le principal pollueur français à réduire ses Contactée par 20 Minutes, la compagnie pétrolière dit « regretter le processus enclenché » et « considère que son engagement concret et massif dans les énergies renouvelables et l’électricité apporte une réponse bien plus efficace au défi climatique que le voie d’épreuve ». Le groupe ajoute qu’il est à l’initiative à Paris d’un réseau de bornes de recharge alimentées en électricité 100% renouvelable et travaille à la conversion de la flotte de bateaux fluviaux pour les faire passer à des moteurs électriques. “Manœuvres dilatoires” Paris n’est pas la seule ville à qui Total s’attribue. New York et Poitiers l’ont rejointe mercredi. Avant cela, 13 collectivités territoriales avaient porté plainte en 2020 contre la multinationale, dont Grenoble, Bayonne, l’agglomération de l’Est réunissant neuf communes de Seine-Saint-Denis ou de la région Centre-Val-de-Loire. En 2019, les associations Nos affaires à tous, Sherpa, Eco-Maires et ZEA ont été pionnières, bientôt rejointes par France Nature Environnement. Ce mercredi 21 septembre, les parties prenantes ont simplement présenté les nouveaux associés au juge, et Total a répondu en envoyant 70 pages de procédure, qui seront examinées par le juge dans le meilleur des cas en mars 2023. « Nous nous remettons de six mois de retarder les manœuvres.” , regrette Jérémie Suissa, directeur général de Notre affaire à tous. L’entreprise a déjà obtenu un long délai en demandant que ce soit le tribunal de commerce qui instruise le dossier plutôt que le tribunal judiciaire. Requête rejetée… Au bout de trois Après avoir examiné tous les recours, le géant pétrolier aura encore la possibilité de faire appel, ce qui retarde probablement la décision finale à quelques années plus tard… L’État, de son côté, a été condamné en août 2021 à payer 10 millions d’euros pour ne pas avoir suffisamment renforcé son dispositif contre la pollution, une décision alors liée au premier semestre 2021. Allouée pour les deux prochains semestres, jusqu’en juillet 2022, la France risque de devoir débourser une somme record de 20 millions d’euros, selon à moi un avis du rapporteur public du Conseil d’Etat, publié le lundi 20 septembre. Edit du 22 septembre : Nous avons ajouté la réaction TotalEnergies.

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