“On est dans quelque chose de très inédit”, analyse un spécialiste de la Russie

Vladimir Poutine vient d’annoncer la “mobilisation partielle” en Russie dans un nouveau discours à la télévision. Pour Anna Colin Lebedev, maître de conférences en sciences politiques à l’université Paris-Nanterre, spécialiste des sociétés post-soviétiques, interrogée mercredi 21 septembre par franceinfo, “on est effectivement dans quelque chose de très nouveau”. Pour elle c’est “un virage et non dans le sens de la pacification”. De son côté, la diplomatie américaine juge que cette annonce du président russe est “l’acceptation de l’échec de son invasion”. >> Suivez notre vie sur la guerre en Ukraine franceinfo : Que faut-il voir dans le nouveau discours de Vladimir Poutine ? Anna Colin Lebedev : Nous sommes dans quelque chose de très nouveau. Il faut rappeler que l’État russe indépendant, successeur de l’Union soviétique, n’a jamais jusqu’à présent décrété la mobilisation. C’était quelque chose d’extrêmement théorique et donc cela marque clairement un renversement et non un renversement dans le sens de la pacification. La mobilisation générale serait-elle une rupture du contrat passé avec la population russe ? En réalité, plusieurs options ont été testées par les autorités russes pour augmenter le nombre de ses combattants sur le terrain, et notamment l’engagement de combattants volontaires qui n’a manifestement pas fonctionné. Les Russes ne sont pas forcément prêts à aller combattre volontairement en Ukraine. La mobilisation générale représentait un risque énorme pour l’État russe. Mais aussi une mobilisation générale mobiliserait certaines personnes que l’armée ne serait pas en mesure de former. Par ailleurs, il n’est pas certain que les objectifs annoncés de 300 000 personnes mobilisées soient faciles à loger, équiper, vêtir et entraîner dans le cadre de cette guerre. À mon avis, c’est déjà très ambitieux. “Une mobilisation générale serait suicidaire, mais cette mobilisation partielle est un test. Le plus grand test possible de la solidité du pouvoir russe.” Anna Colin-Lebedev, spécialiste russe à franceinfo Quelle perception, après sept mois de guerre, la population russe a-t-elle de ce conflit ukrainien ? Jusqu’à présent, les autorités russes ont tenté de minimiser cette guerre dans les préoccupations des Russes ordinaires, et en particulier des Russes urbains et des grandes villes, avec l’idée qu’il ne se passe pas grand-chose. Et le fait que nous faisions partie d’une opération militaire spéciale menée par une armée professionnelle. Je dirais qu’il y a effectivement un renversement d’image et que la guerre peut arriver dans les foyers de nombreux Russes. Pas tous les Russes, bien sûr. Précisant que la mobilisation concernerait ceux qui ont fait leur service militaire, on tape toujours dans la même catégorie : les personnes issues des milieux sociaux les plus modestes, de préférence des régions les plus reculées du pays. En tout cas pas pour le moment.

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