Au musée d’Orsay, l’œuvre sidérante d’Edvard Munch

L’exposition “Un poème de vie, d’amour et de mort” consacrée au grand peintre norvégien s’ouvrira le 20 septembre au musée d’Orsay à Paris. Une centaine de belles toiles à découvrir où courent ses obsessions, ses passions. Mais pas de “Cri”.

Toute son œuvre est un cri ! Inutile donc de chercher le tableau du même nom, œuvre emblématique d’Edvard Munch (1863-1944), dans l’exposition consacrée à l’artiste au musée d’Orsay. La Norvège ne le prête plus, traumatisée par son vol en 2004. Elle est représentée ici dans une gravure plus discrète, laissant le champ libre à une centaine d’œuvres tout aussi surprenantes de cet artiste complice de deux siècles.

Le voyage commence par d’autres horreurs silencieuses : La puberté (1894-1895), L’enfant malade (1896), Désespoir (1892), trois tableaux sur lesquels Munch a franchement posé ses bases. Une jeune adolescente nue, assise sur un lit, confuse, était conduite par une étrange ombre noire. Un autre était en train de mourir, sa mère à ses côtés. Dans le troisième, un homme est assailli par une douleur insupportable, sous le ciel du bout du monde – qui rappelle le fameux cri. La douleur et la mort viennent des couleurs sales des couleurs empoisonnées, avec des traînées rouges de lance-flammes.

Munch, dont l’enfance a détruit sa vie d’adulte – mère et sœur décédées prématurément, père neurasthénique, sœur schizophrène – révèle le pôle obscur de sa création, oscillant constamment entre morbidité et changement. Car la vie gagne aussi, ici, avec régularité. L’exposition montre sous un jour fascinant, rarement expliqué, le côté plus cyclique de l’art norvégien, comme sa vie, entre périodes de désespoir, d’alcoolisme, d’énergie et de colère pour le travail. La froideur de la vie, Une série de tableaux peints au tournant du siècle résume cela. Plus ses obsessions, ou ses motivations (comme le baiser du vampire, l’enfant solitaire, la mort de la sœur, ou l’amour passionné) sont reprises, retravaillées dix ou vingt ans en arrière, sa technique inventée, en avance sur son siècle, et décrit l’expressionnisme. La toile nue, les couleurs crues, les rayures sur le manche du pinceau… Il gratte fort, gardant ses toiles dehors pendant des mois, exposées aux intempéries (“un médicament pour chevaux”, dit-il), qui a expérimenté la chose jusqu’à ce qu’elle prenne le dessus. Comme de belles gravures sur bois où les fibres du bois envahissent l’espace. “La maladie, la folie et la mort sont les anges noirs qui gardent mon berceau”, disait l’artiste à la fin de sa vie. Dans un autoportrait (1943) étrangement, Munch se représente proche de la mort, vêtu d’un pull rayé rappelant une cage thoracique. Une ombre verte planait derrière lui, l’appelant, mais la lumière changea : il laissa un jaune incandescent comme le soleil.

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