André Devambez, maître de l’incohérence artistique

La rétrospective consacrée au Petit Palais au méconnu André Devambez (1867-1944) commença mal, et se termina bien plus mal. Il s’ouvre sur ses débuts : sujets religieux dans un clair-obscur se voulant Remembranesque et conventionnel, sujets et style qui lui valent, en 1890, le Prix de Rome et cinq ans à la Villa Médicis. Et la visite a failli s’achever sur une très grande toile de 1935, portrait collectif de trente-huit gentilshommes sérieux qui vivaient alors à l’Académie française, qui fêtait ainsi ses 300 ans. L’intérêt principal de cette collection de têtes est qu’on n’en connaît aujourd’hui que quelques-unes : certaines pour des raisons intellectuelles – Bergson, Valéry et Mauriac -, d’autres pour des raisons plus meurtrières – Pétain, que Devambez a peint, en 1932, en pied. image, qui ne sera pas montrée dans l’exposition.

N’ayant rien d’autre à voir que ces exercices de routine et ces photos de famille aussi inertes que la galerie de ses universitaires, on se demande dans quelle erreur s’est fourvoyée une institution respectable, une tentative douteuse de réhabilitation. Mais, en passant le mur du début, on découvre une série de toiles claires, légères, et sur un sujet moins attendu que la Reniement de saint Pierre (1890) : des avions, peints d’en haut, comme un avion volant au-dessus d’eux, avec un effet de piqué et de vertige. Et, en quittant la salle bondée et obscure du Quai Conti, on est attiré par une scène moins encombrée, mais illuminée et peinte comme du haut d’un ballon : un panorama vertical de l’Exposition Universelle de 1937, où rien ne s’est perdu . le pavillon du IIIe Reich de l’URSS.

Fouillé et expérimental

La question est donc : qui est Devambez ? Le plus plein des officiels ou un expérimentateur qui veut s’initier à la peinture de paysage depuis un avion et aux leçons de photographie et de cinéma ? Les deux en même temps, non consécutivement, mais simultanément. Et encore le troisième : un illustrateur, tantôt dans le genre étrange et amusant, tantôt dans un genre sombre, pour des histoires fantastiques qui prophétisent, dès le début du XXe siècle, les terribles conséquences du développement. En plus du quatrième : un peintre d’histoire qui s’est essayé, dans les premières années du XXe siècle, pour représenter les manifestations sociales contemporaines et, trente ans après, la Commune de Paris et ses barricades de pierre, puis la Première Guerre mondiale, où il participa à la section camouflage et où il fut blessé en 1915.

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