Derrière “Le Cri”, les femmes vampires et l’oeuvre cyclique d’ Edvard Munch à Paris

publié le dimanche 18 septembre 2022 à 08:41

« Le Cri », tableau élevé au rang d’icône, cache l’œuvre monumentale dont il fait partie : celle du peintre norvégien Edvard Munch, à qui le musée d’Orsay consacre une importante rétrospective, révèle des femmes vampires dans un peinture obsessionnelle, cycle de “la vie, l’amour et la mort”.

Conçue comme un voyage intimiste à travers soixante ans de création en Norvège, à Paris et à Berlin, l’exposition présente à partir de mardi une centaine d’œuvres dont une cinquantaine de grands tableaux et une importante collection de dessins et estampes du musée Munch d’Oslo.

“Ce n’est pas le peintre d’un moment, le +Cri+ ou les oeuvres des années 1890, mais une oeuvre d’une grande unité qui traverse toute la moitié du XXe siècle”, a expliqué à l’AFP Claire Bernardi, commissaire de l’exposition.

Au cœur de cet ouvrage : “L’exploration et l’expression des grands mouvements de l’âme : amour, deuil, doutes existentiels”, a-t-il ajouté.

Parmi les images étonnamment présentes de femmes, d’hommes et d’enfants, entourés de foules fantomatiques sur l’avenue Karl Johan à Oslo ou de silhouettes dansant et chuchotant sur des ponts : une version sculptée de “Cry”, la première des cinq, qui “montre à quel point Munch n’a pas considérez-le comme une œuvre isolée mais faisant partie d’un cycle », décrit le spécialiste, directeur du musée de l’Orangerie à Paris.

– “La frise de la vie” –

Le paysage épouse cette dimension. Le visiteur semble guidé par un fil invisible, comme celui évoqué par Munch (1863-1944) dans ses lettres sur les « cheveux longs » des femmes, omniprésent dans certains tableaux, qu’il assimile à « une sorte de fil téléphonique pour . symbolise la communication entre des êtres séparés”.

“De la naissance de l’amour à la jalousie, au désespoir et au sentiment de douleur profonde, qui mène, quelques mètres plus loin, à la mort. Munch n’y pense pas comme une fin mais comme une renaissance éternelle”, a-t-il ajouté.

Regroupées par thème, les œuvres racontent les femmes de Munch, son deuil – il perdit sa mère à cinq ans, sa sœur aînée à 14 ans – son amour du théâtre et sa recherche épuisante du sacré. Sa peinture serait considérée comme « art dégénéré » par les nazis.

Parmi eux, une série de tableaux, au centre de l’œuvre, consacrés à la naissance de l’amour. Munch l’a appelé “la frise de la vie” et l’a montré à plusieurs reprises dans un montage précis enregistré dans des croquis.

Il en fit plusieurs versions de l’âge de 30 ans jusqu’à sa mort, et l’intitula “poème de vie, d’amour et de mort”, sous-titre de l’exposition.

– Filles vampires –

Au cœur de cet ensemble : « Vampire », une femme aux longs cheveux roux flottant sur ses épaules, projette une grande ombre en embrassant un homme dans le cou « jusqu’à ce qu’il se vampirise ».

Un thème unique dans l’œuvre de Munch qui ne se retrouvait pas chez ses contemporains” peintres, a souligné Mme Bernardi.

“Intitulé initialement +Love and Pain+, ce tableau – dont Munch a réalisé plusieurs versions – est à la fois une œuvre d’amour et d’ambivalence, presque de violence en une, qui éclaire d’autres œuvres”, a-t-il ajouté.

Car si la femme, thème principal de sa peinture, est représentée comme une enfant vulnérable ou une jeune femme insouciante, triste ou heureuse mais presque toujours distante, il peint aussi « la femme fatale, toute puissante dans ses relations amoureuses, une compagne du mène souvent à un moment extrême de jalousie voire de folie, comme la jolie Madone ou la femme rousse, qui se concentre sur son travail”, a-t-il souligné.

Un ensemble de gravures dédié au thème du baiser montre l’évolution du lien amoureux.

Au fil des ans, Munch a rapproché les visages et les corps au point de ne représenter qu’une seule forme, une fusion de deux corps vêtus de noir, avec une sorte d’absorption du masculin au féminin.

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