Sur Instagram, le désarroi des petits créateurs déboussolés par les changements d’algorithme

Le fonctionnement d'Instagram a beaucoup changé au fil des ans.

Ce sont des images d’animaux sauvages prises sur place et dont le succès Instagram s’essouffle. « Mes meilleures photos du passé atteignent facilement 3 000 comptes ; aujourd’hui ils ne dépassent plus les 800 vues »regrette le photographe Mathieu Pujol. “Ma visibilité s’est aussi fortement détérioréesoutenue par le peintre Louis Thomas. Comme absolument tous les artistes et artisans que je connais. »

Comme eux, la plupart des créateurs et marchands interrogés Monde sentaient une poche d’air dans la diffusion de leurs publications depuis le début de l’année 2022. Et la faute est sur toutes les lèvres : Reels », ces courtes vidéos inspirées de TikTok et Instagram tout est plus propiceet qui occupent plus d’espace dans le fil utilisateur, au détriment des photos. Il y a eu une baisse générale de la visibilité de ces publications, selon le communicant Thomas Michelet, qui travaille avec des artistes et des institutions culturelles. “autour de 50%”. or “Instagram est le réseau de prédilection des artistesil continue. Ainsi, pendant six mois, ils ont désespérément tenté de retrouver leur objectif premier.

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“Nous ne sommes plus”

Pour ces artistes, les conséquences peuvent être graves en termes de notoriété, mais sont rarement immédiates : peu d’entre eux vendent leur travail directement via Instagram. En revanche, un choc beaucoup plus dur pour les vendeurs de vêtements et de meubles. Quand j’ai démarré mon entreprise, les progrès étaient très bons– dit le fondateur de la friperie Les Placards de Colette. Mais j’ai subi une baisse importante de mes revenus. Je pensais en faire mon activité principale, ce ne sera que secondaire et occasionnel. » Anna, qui coud des vêtements, a également vu ses commandes diminuer : “C’est très triste car ma principale vitrine est mon compte Instagram, LdDN, qui me prend beaucoup de temps. »

Quelques décidez de jouer au jeu et commencez à publier des vidéos. “J’ai découvert que l’utilisation de Reels, entre autres bonnes pratiques, permet à mon compte Instagram de continuer à croître”, Nikolay, marchand d’ordures et restaurateur, témoigne. Mais pour d’autres, adapter sa pratique prend trop de temps. “Cela prend une heure de travail contre quelques minutes pour une série de photos”, – explique Ann. Sans compter que la vidéo nécessite de nouvelles compétences et ne correspond pas à certaines activités. “C’est plus facile au cinéma, au théâtre, en littérature ou en musique”, jugé par Alexia Gougemas, journaliste spécialisée dans la question des stratégies de diffusion de l’art sur les réseaux sociaux. Pour elle, en plus, “tout le monde n’est pas capable de se mettre.”

A défaut, de nombreux artistes et artisans cherchent à se redéfinir sur d’autres plateformes – comme le site de bricolage Etsy, le site de financement participatif Patreon, ou même une simple liste de diffusion – sans forcément retrouver le dynamisme que leur offre Instagram. Alors que d’autres tentent de développer leur activité hors ligne, comme Wendy Malinowski, une créatrice de vêtements pour qui il “il est sain de s’affranchir d’Instagram via des points de vente comme les marketplaces de créateurs.”

Enfin, il y a le parrainage, qui rémunère Instagram pour faire apparaître ses posts dans les flux des utilisateurs, ce que certains acceptent pour augmenter leur visibilité, mais le résultat n’est pas garanti : ainsi Anne “a essayé”mais le mien “n’a pas vu beaucoup de retour sur investissement”. “Le CPC a beaucoup augmenté et je constate une saturation des publicités sur Instagram”analysé par Thomas Micheletto.

Ainsi, beaucoup sont déçus. “Je n’ai pas été sur Instagram depuis un bon moment ces dernières semaines”, – soupire le photographe Mathieu Pujol. Son collègue JC Pieri, en un article publié sur le site spécialisé Phototrend, prétend même que « la photo devient presque impossible à partager. (…) Beaucoup [de photographes] faire dégoûter “. Sous l’article se trouve un commentaire ironique de “Mazier”: « L’algorithme change et nous n’existons plus. »

Valse du changement

Difficile, en effet, de compter longtemps sur le support d’Instagram pour enregistrer ses communications, tant l’histoire du réseau social est marquée par des virages serrés. “Très peu sont restés au sommet d’Instagram pendant dix ans”, – dit Thomas Micheletto. Par exemple, en 2016, le réseau social a radicalement changé les règles de publication : les posts ne sont pas déposés dans l’ordre chronologique, mais sont sélectionnés selon un algorithme impénétrable. Cette même année, le réseau social introduit un nouveau format “Story” visant à concurrencer Snapchat.

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Dans les années suivantes, les publications des petits créateurs trouvent un public de plus en plus rare. Selon Thomas Michelet, « cette baisse de diffusion est due à l’augmentation des créateurs et de la concurrence sur Instagram. Mais l’existence d’un certain nombre d’utilisateurs qui dépendent de leur activité sur le réseau social, cette érosion aura aussi, dit-il, “bénéficié” à la plateforme “car il a encouragé de nombreux petits créateurs à investir dans la publicité “.

C’est dans ce contexte déjà hyper concurrentiel qu’est apparue “Reels”, ces vidéos qu’Instagram défend farouchement car elles créent, selon l’entreprisel’intérêt croissant de ses membres, lui permettant, espérons-le, de couper l’herbe sous le pied du réseau rival TikTok avec sa croissance rapide.

Ces changements de trajectoire semblent parfois dérouter le public. Selon dans le journal Wall Streetun document interne de Meta – la maison mère d’Instagram – rapporte qu’à la mi-2022, seuls 20% des utilisateurs de la plateforme étaient convaincus qu’elle se souciait d’eux, contre 70% en 2019. “J’y trouvais l’inspiration[ration] pour mes photos, mais c’est fini, je ne vois que des copies TikTok”coupé comme ça utilisateur du réseau social.

D’autant plus que les mues sont liées. À l’avenir, le réseau s’appuiera fortement sur l’insertion dans les flux de ses utilisateurs de contenus qui ne proviennent pas des comptes auxquels ils sont abonnés, mais qui sont sélectionnés par un algorithme appelé moteur de découverte (“discovery engine”), chargé de découvrir les posts qui génèrent beaucoup de réactions. Le premier contenu promu par cette machine est apparu dans la seconde moitié de 2021 et est resté relativement discret pour les utilisateurs jusqu’en juin 2022, date à laquelle, leur part augmenteun une vague de mécontentement développé. Ce mouvement s’est cristallisé dans la collecte de pétitions plus de 300 mille signatures.

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Le réseau social a retraité semaines plus tard, réduisant la part de son contenu auto-promu dans les flux des utilisateurs, tout en avertissant que la baisse était temporaire. Contacté Lemonde.fr La société a refusé de commenter l’impact sur les utilisateurs des modifications successives de son algorithme, affirmant seulement que“Instagram doit évoluer à mesure que le monde change”.

L’objectif de Meta Group reste d’augmenter considérablement la part des recommandations sur les réseaux sociaux Instagram et Facebook. Bien qu’aucun chiffre exact n’ait été publié pour le premier, regarder ce qui se passe sur le second vous donne une idée : signale un site spécialisé BordMark Zuckerberg s’est fixé pour objectif d’augmenter la part de contenu sponsorisé sur Facebook de 15% actuellement à 30% d’ici la fin de 2023.

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