un chantier XXL pour des peintures hors norme

Loin de l’excitation Le terrain autour de l’Ile de la Cité est plat, dans un lieu secret de la grande banlieue parisienne, une autre renaissance se prépare : 22 tableaux de la cathédrale Notre-Dame de Paris sont entrés dans la restauration. Parmi eux, treize grands Mayos, ces grandes toiles de 3,5 à 4,5 mètres de long réalisées entre 1630 et 1707, qui constituent un véritable musée de la peinture française du Grand Siècle.

Dans cette zone industrielle, rien n’indiquait qu’un des grands hangars impersonnels cachait de tels trésors. Le bâtiment en parpaings et tôles, qui servait à la veille de l’incendie de réserve à la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) d’Île-de-France, a été transformé en un temps record en atelier de restauration, offrant la température et conditions d’hygrométrie nécessaires à la réception d’œuvres précieuses.

L’opération en cours est inédite : jamais autant de tableaux de grand format n’ont été restaurés simultanément en France. L’espace ne manque pas ici, ce qui permet d’aménager une réserve de 330 m2deux ateliers offrant plus de 600 m2 et le plus grand rack de stockage de France, qui atteint 6,23 mètres…

Restauration “classique” mais délai serré

Au chevet des œuvres, une cinquantaine de peintres travaillent à un rythme soutenu. “Les tableaux n’ont pas souffert directement de l’incendie. Ils n’ont pas été touchés par les flammes ou les éclaboussures d’eau, explique Laurence Mugnitot, responsable d’un des trois groupements d’artisans impliqués dans la campagne. Notre travail de restauration est classique, mais sur un planning très serré. »

ce matin, La victoire de Job (1636) de Guido Reni, commença à faire l’objet des soins simultanés de quatre restaurateurs. Avec patience, munis de simples bâtonnets recouverts d’un bout de coton imbibé d’une solution, ils passent minutieusement sur la surface pour enlever la saleté. « Nous enlevons le vernis oxydé, puis procédons au remplissage des trous et vernissons le travail une première fois.explique Xavier Beugnot, restaurateur de couches d’images. Ensuite, nous continuons à retoucher les usures, accidents et manques, avant le vernissage final au compresseur. »

Au milieu du processus, un travail d’accompagnement sera effectué, horizontalement cette fois. Les cadres, recouverts de feuilles d’or, sont inoubliables. “Nous essayons toujours de préserver le vieil or dans les cadresdit l’un des doreurs. Trop d’indulgence détruit l’âme des œuvres. »

Cette « âme » tient autant à la qualité formelle des œuvres qu’à leur sujet religieux, tiré des Actes des Apôtres. Les treize grands mai font partie d’une série de tableaux offerts à la Vierge par la confrérie des orfèvres parisiens, chaque 1er mai entre 1605 et 1707. Cette dernière a financé les travaux, tandis que les chanoines de Notre-Dame veillent à l’orthodoxie dans la sélection et le traitement. du sujet. “Le tableau donné a la fonction d’une obole et exprime publiquement la piété des membres de la confrérie”explique Delphine Bastet, historienne de l’art (1).

Musée du Grand Siècle

“Les Mays témoignent d’un moment extrêmement foisonnant de la peinture française et de son évolution sur un siècle”, insiste Stéphane Loire, conservateur général du Louvre, qui possède sept tableaux de la série restés à Notre-Dame. Dans un royaume de France qui retrouve sa prospérité, où la réflexion religieuse bat son plein, les Mays cristallisent une période très féconde pour l’Église de France.

“La réalisation de May est confiée à des artistes confirmés, au lieu de commencer leur carrièrepoursuit Stéphane Loire. C’est une étape importante sur leur chemin vers la reconnaissance.. On doit à Charles Le Brun deux représentations des martyrs de saint Étienne et de saint André, réalisées avant qu’il ne devienne un peintre célèbre sous le règne de Louis XIV…

Dans leur taille, dans leur composition, dans leurs sujets dramatiques favorisant les miracles ou les conversions, les Mays de Notre-Dame sont faits pour impressionner. Grâce à cette restauration parfaite, ces tableaux, jadis un peu oubliés des visiteurs, devraient être revus par les yeux qui les ont contemplés, lors de la la réouverture de la cathédrale en 2024.

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Où voir les Mays de Notre Dame

La série se composait à l’origine de 76 peintures, dont 52 sont connus aujourd’hui. En attendant la réouverture de la cathédrale, vous pourrez les admirer ailleurs en France :

Au musée du Louvre (qui montre les deux) ; aux Musées des Beaux-Arts d’Arras (avec 14), Rouen, Clermont-Ferrand, Toulouse et Marseille ; le musée des Augustins à Toulouse et le musée d’art Roger-Quillot à Clermont-Ferrand.

Dans les édifices religieux : église Saint-Germain-des-Prés (Paris), cathédrale Saint-Louis (Versailles), cathédrale Saint-Jean et église Saint-Pothin (Lyon), cathédrale Saint-Étienne et église Saint-Pierre-des-Chartreux (Toulouse), Église Saint-Martin de Larchant (Seine-et-Marne), église Notre-Dame de Saint-Symphorien-de-Lay (Loire), église Saint-Pierre d’Yssingeaux (Haute-Loire), église Sainte-Marie de Mirande (Gers ), église Saint-Nicolas de Givors (Rhône).

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